Photo: Pascal Sanchez
Une production du Théâtre de Quat’Sous
Blasted est une écriture de comète. Il est question ici d’une parole qui n’avait pas d’autre choix que de faire vite car la blessure était profonde. Cette parole surgit comme surgit le cri de l’agonisant qui, avant de mourir au milieu du désastre, prend toute la vie qui lui reste pour dire encore un mot, peu importe lequel, sachant déjà que de sa bouche, malgré la douleur et la rage et la haine et le cauchemar et le sacrifice sanglant, malgré tout ce monde qui tombe, ne pourra sortir que des mots d’amour.
Sarah Kane réussit ce tour de force : il n’y a pas de séduction dans sa description de l’horreur. Comme c’est le cas en toute vraie œuvre d’art, sa beauté ne tient pas à la joliesse, mais aux résonances qu’elle appelle en nous. Dans sa mise en actes de ce qu’il faut bien appeler par son nom, la fin du monde, car c’est bien ça dont il est question ici, de l’effectivité de la fin du monde, rien n’est laissé au hasard. Il n’y a plus ni les bêtes, ni les plantes du paradis terrestre, de couleur il ne reste que celle du sang.